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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 11:37

Le nouvel an lunaire en Asie du Sud Est, célébré chaque année vers la fin Janvier ou début Février est la plus grande migration humaine planétaire de l’année. Dans un laps de dix jours, des centaines de millions de chinois, vietnamiens, taïwanais, habitants de  Hong-Kong ou Canton, reviennent dans leur région natale passer une dizaine de jours en famille. Pour beaucoup, c’est d’ailleurs l’unique occasion de l’année de rentrer voir leurs parents et sa famille, pour ceux qui travaillent au loin. Les routes sont surchargées de bus hyper bondés (parfois 70 personnes dans un bus de 45 places), les avions et les trains sont pris d’assaut, le prix d’un billet est multiplié par 4, les accidents de la route atteignent des records absolus (près de 100.000 accidents au Vietnam sur dix jours). Bref, ce n est pas le moment de faire de longs trajets ! C’est du moins ce que je me suis dit pendant 8 ans…mais cette fois-ci, j avais besoin de me changer les idées, et puis le nombre de nos séminaristes augmentant année après année, je me suis dit qu’une visite à leurs familles leur ferait plaisir. Aussi, je me suis lancé à l’eau. Je suis parti en avion (vol low cost depuis peu de temps !) pour la partie Nord du Centre du Vietnam, pour la province de Nghe An. En deux heures, j étais à Vinh. Passant subitement de 30 à 15 degrés, je redécouvrais les bienfaits du pull, des chaussettes, et à l’intérieur de mon pantalon, un pantalon de pyjama faisait office de doublure contre le froid !

La nature est de toute beauté mais le traffic, quelle folie, quelle dangerosité !La nature est de toute beauté mais le traffic, quelle folie, quelle dangerosité !

La nature est de toute beauté mais le traffic, quelle folie, quelle dangerosité !

Au Vietnam, les gens vivent portes ouvertes et pieds-nus toute l’année, que l’on soit dans les champs ou à la maison. Il n y a pas de chauffage, et pas de poêle non plus ! Beaucoup de familles n’ont pas l’eau chaude dans la salle de bain ou la cuisine. Dans les rizières, on travaille pieds-nus par dix degrés en hiver et 40 degrés en été. Dans les maisons, le mobilier se résume au strict minimum. Un sofa en bois pour accueillir les invités, un meuble tv poussiéreux, des photos de mariage ou des ancêtres accrochés aux murs décrépis ou nus. 

La préparation des mets du Tet, un rituel social, prémice de la fête qui s'annonce !
La préparation des mets du Tet, un rituel social, prémice de la fête qui s'annonce !
La préparation des mets du Tet, un rituel social, prémice de la fête qui s'annonce !

La préparation des mets du Tet, un rituel social, prémice de la fête qui s'annonce !

Cette rudesse de la vie au quotidien est contrebalancée par la chaleur des habitants de cette région. Les familles sont nombreuses ; elles comptent souvent en moyenne six enfants, parfois huit ou dix, voire douze ! Ici, on vit en fratrie et dehors, au grand air. Dans le village, tout le monde se connait et on se marie d’ailleurs avec les gens de son village ou de celui d’à côté, ainsi on est souvent de la même parenté par lien direct ou par alliance. La vie au quotidien est dure quand on travaille dans les champs. On se marie jeune et vers la quarantaine, on est déjà grand-parent. A soixante ans, on est un ancien d’un âge respectable. 

Une bonne partie des neufs séminaristes qui m'ont accueilli chez eux !

Une bonne partie des neufs séminaristes qui m'ont accueilli chez eux !

Dans ces familles nombreuses, il arrive souvent que plusieurs frères ou soeurs soient des religieux !Dans ces familles nombreuses, il arrive souvent que plusieurs frères ou soeurs soient des religieux !

Dans ces familles nombreuses, il arrive souvent que plusieurs frères ou soeurs soient des religieux !

Un des problèmes majeurs de la région, c’est le manque de travail. Le travail de la terre est harassant et les revenus sont trop maigres. La scolarité bien souvent laisse à désirer. Il n’est pas rare d’arrêter l’école à 16 ans. Beaucoup de jeunes hommes et parfois aussi de jeunes femmes quittent la région pour aller chercher du travail dans le Sud du Vietnam ou à l’Etranger. Dans certains villages, pendant l’année, on ne voit que des femmes et des enfants. Les hommes reviennent à la maison une fois par mois pour les plus proches, d’autres trois à quatre fois par an ou une fois par an seulement. J’ai même découvert, à ma grande surprise, que pas mal d’hommes partent souvent dans la clandestinité pour l’Europe et qu’ils y restent aussi longtemps possible (parfois plusieurs années) avant d’être renvoyés dans leur pays pour cause de migration illégale. Pour tous ceux qui partent, c’est un arrachement à une vie simple et fraternelle vers un avenir souvent précaire et généralement dans la solitude. On comprend mieux en entendant leurs histoires pourquoi leur terre natale leur manque tant. 

La vie est dure mais les grandes familles font les belles fratries !La vie est dure mais les grandes familles font les belles fratries !
La vie est dure mais les grandes familles font les belles fratries !

La vie est dure mais les grandes familles font les belles fratries !

La précarité de la vie et sa simplicité sont aussi en contre-partie le terreau d’une solide foi chrétienne. Ici, les gens sont très fiers de leur foi. Le dimanche, l’Eglise est pleine. La chorale est sur son trente et un. Le curé est une autorité dans le village. Homme instruit, il sait mobiliser les gens pour toutes sortes de projets, qu’ils soient pastoraux ou caritatifs. Ici, chaque village construit son Eglise, chaque hameau sa chapelle. On fait tout à la main, sans machine. Les échafaudages sont en bois de la région. Sur une semaine, les hommes se relaient par groupe de travail et prennent un ou deux jours par semaine pour construire l Eglise ou les locaux paroissiaux. Il faut plus de deux ans pour achever l’Eglise et pour cause, ça coute cher et les moyens financiers sont limités, mais rien n’est trop beau pour célébrer sa foi. Ce dynamisme chrétien est parfois source de tension avec les autorités locales qui préféreraient que les gens soient plus enclins à rendre hommage aux héros de la nation, notamment à Ho Chi Minh dont la terre natale est dans cette région. Mais les gens de la terre sont des hommes entiers, d’une seule cause. Aussi, on en vient parfois aux mains pour protéger son chantier ! Le dialogue entre hommes de bonne volonté doit encore faire son chemin !

Respecter les morts, c'est se souvenir de ceux qui nous ont donné la vie: A la campagne, on peut vivre jusqu'à 106 ans !
Respecter les morts, c'est se souvenir de ceux qui nous ont donné la vie: A la campagne, on peut vivre jusqu'à 106 ans !
Respecter les morts, c'est se souvenir de ceux qui nous ont donné la vie: A la campagne, on peut vivre jusqu'à 106 ans !

Respecter les morts, c'est se souvenir de ceux qui nous ont donné la vie: A la campagne, on peut vivre jusqu'à 106 ans !

Pendant ces 15 jours a Nghe An, j’ai eu la chance de visiter neuf familles de nos séminaristes. En planifiant mon voyage avec mes séminaristes, j’avais insisté sur deux choses. Dans la mesure du possible, je voulais loger dans les familles elles-mêmes et je demandais à pouvoir célébrer la messe tous les jours et si possible à présider la messe ou à faire l homélie. Partout, j ai été accueilli à bras ouverts tant par les familles que par les curés des paroisses visitées. J ai réalisé à quel point visiter les familles des séminaristes est important pour comprendre mieux d’où ils viennent et pour que les familles elles-mêmes puissent pouvoir un tant soit peu découvrir ce qu’est la vie missionnaire. Se mettre à table avec tout le monde, entrer dans la cuisine et faire la conversation avec les femmes, jouer avec les enfants, présider la messe et faire l’homélie dans la langue locale, visiter les personnes âgées et les malades, autant de signes manifestes du désir de connaitre et d’aimer le peuple vers lequel on est envoyé. Si les familles étaient parfois un peu intimidées à mon arrivée (quoi de plus normal pour des gens qui n’ont jamais côtoyé d’étranger et qui ont un respect très poussé du prêtre), la glace s’est souvent très vite rompue et les fous-rires et la joie ont pris rapidement le dessus.

Des Eglises construites à la main qui ont la taille de cathédrales !
Des Eglises construites à la main qui ont la taille de cathédrales !

Des Eglises construites à la main qui ont la taille de cathédrales !

Apres 15 jours à 15 degrés en moyenne (j ai survécu sans tomber malade, un vrai miracle !), je suis reparti en train pour Saigon, 30h de trajets, l’occasion aussi de côtoyer les vietnamiens de près et de supporter patiemment le voyage tout comme eux. Je garde un souvenir extraordinaire de ce voyage et je suis très reconnaissant à mes séminaristes et à leurs familles pour leur accueil, pour leur gentillesse. Je souhaite à mes séminaristes qu’un jour ils puissent eux aussi partir à la découverte d’autres cultures dans le monde entier et être eux aussi accueillis avec bienveillance par ceux vers qui ils seront envoyés. 

Ouvrier en construction pour quelques heures, mon dos peut témoigner que ce n'était pas juste pour la photo !
Ouvrier en construction pour quelques heures, mon dos peut témoigner que ce n'était pas juste pour la photo !

Ouvrier en construction pour quelques heures, mon dos peut témoigner que ce n'était pas juste pour la photo !

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English - Français blog !!!

A blog written in Vietnamese? Not for now...Anyway, the articles published in this blog are usually in English and in French. Up to you to choose your language!

A quand un blog en Vietnamien?... Ce n'est pas pour demain, mais les articles publiés sur ce blog sont généralement et en Français et en Anglais... A vous de choisir...

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sm vn

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