Un jeune
missionnaire !
L’image traditionnelle du
missionnaire est encore, bien souvent, celle d’un homme avec une grande barbe, vêtu d’une soutane blanche et coiffé d’un casque colonial. Si ce type de missionnaire n’existe plus que dans
« Tintin au Congo », il y a encore, aujourd’hui, des jeunes qui consacrent toute leur vie à la mission. Nous en avons rencontré un de chez nous : Frédéric Rossignol.
Frédéric, peux-tu te présenter en
quelques mots ?
J’ai 33 ans et je suis missionnaire
du Saint-Esprit. Je suis entré chez les Spiritains (c’est souvent comme ça qu’on nous appelle) à 25 ans. J’ai été ordonné prêtre, en Belgique, il y a deux ans. Je suis maintenant en Asie.
Après avoir passé six mois à Taiwan, j’habite depuis deux mois, avec deux confrères, au Vietnam.
Comment est venue ta vocation de
missionnaire ?
Je suis né dans une famille
catholique convaincue et mes parents m’ont ouvert à une église dynamique. Ils m’ont fait découvrir toutes sortes de mouvements dans l’église et puis j’ai aussi rencontré beaucoup de prêtres, notamment des prêtres missionnaires qui m’ont touché par leur joie de vivre, leur disponibilité, leur
engagement. Et en Rhéto je me suis dit que le Seigneur m’appelait peut-être à devenir prêtre et j’ai cheminé dans ce sens-là. Je suis passé par le séminaire diocésain et puis j’ai encore eu toute
une période de discernement et finalement je suis entré chez les Spiritains à 25 ans où j’ai encore eu six ans de formation avant de devenir religieux et prêtre.
Cela veut dire que dans ton
parcours, il y a aussi eu des périodes de questionnement, de remise en cause ?
Tout à fait. Je pense que le temps du
discernement est propre à chacun. Pour moi, c’était important de trouver une certaine maturité. Je me suis bien plu dans la formation que j’ai reçue, à travers une grande diversité d’expériences
à l’université. J’ai quitté le séminaire diocésain après trois ans, j’ai alors vécu en kot à LLN pendant deux ans avec des jeunes chrétiens. Ce sont toutes ces rencontres qui m’ont aidé dans mon
discernement.
Quels ont été les éléments
décisifs qui t’ont poussé à entrer dans une congrégation missionnaire ?
Pour moi, c’était important dès le
début de pouvoir devenir prêtre pour annoncer Jésus Christ. Ensuite, je me suis rendu compte que j’avais besoin d’être soutenu par une communauté. Je voulais donc être religieux. Et j’avais aussi
la conviction que l’église locale, pour être dynamique, doit être ouverte à l’église universelle.
Dans ce sens, devenir missionnaire, c’était ma manière d’ouvrir les horizons de l’église de Belgique à l’église universelle.
Un missionnaire, c’est
quoi ?
C’est quelqu’un qui croit en Jésus
Christ, qui est persuadé que Jésus Christ peut combler le cœur de l’homme et qui se dit qu’il ne peut pas garder ça pour lui-même. Le vrai
missionnaire, c’est celui qui permet à l’autre d’aller à la rencontre de Dieu.
Comment fait-on pour devenir missionnaire et, dans ton cas, spiritain?
Si on veut devenir missionnaire dans
le sens d’être consacré et de partir à l’étranger pour annoncer la Bonne Nouvelle, il faut choisir une congrégation missionnaire. Moi, j’ai commencé par faire une année de coopération sur le
conseil d’un missionnaire et puis, après cette expérience positive, je suis allé frapper à la porte de diverses congrégations. Après, c’est un discernement mutuel. Quand on entre dans une
congrégation, on en découvre le charisme et, par ailleurs, les formateurs cherchent à voir si on est appelé à ce type de vie. Chez les spiritains, on est clairement orienté vers la mission à
l’étranger. Aussi, quand on est ordonné, on a comme principe qu’on passe au moins les six premières années de sa vie de prêtre à l’étranger.
Quelle est la spécificité des
spiritains ?
C’est difficile de dire notre
spécificité étant donné qu’on travaille dans toutes sortes de contextes, dans le dialogue interreligieux dans des pays musulmans, dans l’éducation, dans des paroisses,... La marque de fabrique
des spiritains, c’est la simplicité. Quand on est missionnaire, il y a un gros travail d’adaptation à la culture vers laquelle on va et cela nous permet d’être flexibles et simples dans notre
manière d’être. Par exemple, certains jeunes philippins sont entrés chez les spiritains parce qu’ils avaient vu que les confrères faisaient eux-mêmes la cuisine et la vaisselle et ça les
touchait !
Cette simplicité permet d’être à
l’écoute de l’Esprit Saint...
Oui, notre second fondateur, parle
beaucoup de l’esprit pratique, la docilité au quotidien à l’Esprit Saint.
Quels sont vos
fondateurs ?
Nous en avons deux parce que nous
sommes le fruit de la fusion de deux congrégations. Le premier, c’est Claude François Poullart des Places : un jeune séminariste de 24 ans, issu d’une famille très riche, qui, en 1703,
s’était rendu compte qu’il y avait beaucoup de jeunes pauvres qui auraient bien voulu devenir prêtres mais qui n’en avaient pas les moyens. Il a ouvert une maison pour vivre avec eux et il est
mort à 30 ans , très pauvre. Il avait donné toutes ses énergies pour ses confrères. Pendant 150 ans, on s’est occupé de la formation dans les séminaires et, dans le même temps, sous l’impulsion
de notre second formateur, François Libermann, on a commencé la mission en Afrique. Aujourd’hui, nous sommes sur tous les continents, dans 65 pays, notamment en Asie depuis quelques
années.
Tu vis ta mission en Asie, quel
est le sens de la mission dans ce continent ?
Le paradoxe, c’est que Jésus était
lui-même asiatique et pourtant le christianisme est vu comme une religion essentiellement occidentale. Beaucoup de gens ici ne connaissent pas le Christ. Ils connaissent très peu la religion
chrétienne. De plus, l’Asie est un continent passionnant, plein de vie, de vitalité. Il faut être missionnaire partout mais, peut-être, avec encore plus d’urgence en
Asie.
Pour être missionnaire, faut-il
partir loin ? Ne peut-on pas être missionnaire en Belgique ?
C’est sûr, être missionnaire, c’est
conduire les autres vers le Christ et on est évidemment aussi invité à le faire en Belgique ! Mais pour ça il faut le connaître soi-même, car c’est difficile de parler de quelqu’un qu’on ne
connaît pas soi-même ! Tout chrétien est appelé à être missionnaire. Il faut pour cela s’attacher au Christ dans la prière, en participant à ce que propose l’église et puis dans le quotidien, témoigner qu’on vit quelque chose de différent de ce que les gens vivent en général.
Le contact avec les gens est donc
essentiel ?
C’est le Seigneur lui-même qui dit
que c’est à travers le prochain qu’on peut le rejoindre, Lui. On est souvent très centré sur soi-même, mais quand on va vers celui qui est le plus pauvre, on va à la rencontre du Christ. Ici, au
Vietnam, nous visitons des enfants très fortement handicapés dans des homes. Pour moi, rencontrer ces enfants, qui sont les plus petits des plus petits, c’est rencontrer Dieu et cela on peut le
faire aussi en Belgique.
Peux-tu nous décrire ta vie de missionnaire au Vietnam ?
Ma vie d’aujourd’hui, c’est une vie
de découverte de la langue et de la culture. Apprendre une langue asiatique, cela prend deux à trois ans à temps plein. Il y a une certaine passivité. Il faut tout le temps être à l’écoute et
aller vers l’autre, essayer de se comprendre, ce qui n’est pas évident ! Je découvre aussi l’église du Vietnam et je participe à sa liturgie
extrêmement dynamique. Le week-end en paroisse, il y a facilement une dizaine de messes et en semaine, les gens vont aussi à la messe vers 5h du
matin. Nous, nous participons au maximum aux activités de l’église. Par ailleurs, les Vietnamiens sont très ouverts et c’est facile d’entrer en
contact avec eux. Parler avec les gens dans la rue, c’est aussi ma manière d’être missionnaire...
Qu’en est-il de la vie communautaire ?
Nous vivons en communauté ; nous
prions la prière des psaumes ensemble. On célèbre la messe ensemble ou alors nous allons célébrer la messe à l’extérieur. On partage les repas. On élabore nos projets missionnaires ensemble,
caritatifs ou ecclésiaux.
Est-ce qu’on peut dire que le
missionnaire n’est jamais un solitaire ?
C’est vrai, le missionnaire n’est
jamais un solitaire, cela ne l’empêche pas de vivre parfois la solitude. Il y a deux axes de solidarité : d’une part, on consacre du temps à la vie communautaire, d’autre part, on est là
pour se mettre au service de l’église locale, en particulier de l’évêque.
Est-ce que c’est parfois
difficile de vivre si loin de son pays, de sa famille ? Ne t’arrive-t-il pas de penser : « Qu’est ce que je suis venu faire ici ? »
Personnellement, j’ai toujours comme
principe d’aller de l’avant, j’essaye toujours de regarder ce qui est passionnant là où je vis. Pour moi, le plus important, c’est de m’intéresser à la culture et à la société vietnamienne. Par
ailleurs, la communication aujourd’hui est beaucoup plus facile qu’avant. Je téléphone régulièrement à ma famille et à des amis par internet et je peux même les voir par webcam. Dans notre
Congrégation, on rentre en vacances dans notre pays d’origine tous les deux ou trois ans. Aujourd’hui, on n’est plus coupé de sa famille et de son pays comme l’étaient les missionnaires
autrefois. J’apprécie quand je rentre en vacances dans ma famille, mais je suis toujours prêt et heureux de repartir.
Peux-tu nous partager une des grandes joies de ta vie missionnaire ?
Certainement ! La grande joie,
c’est d’être dans une société très jeune où les gens ont un profond sens du religieux. Ce qui m’impressionne, c’est que je rencontre régulièrement des jeunes qui me disent que, eux aussi, ils
voudraient bien devenir prêtres ou qu’ils cheminent dans cette direction-là. En Asie, on a vraiment le goût de la vie consacrée.
Les Asiatiques ont donc quelque
chose à nous apprendre, à nous, européens…
Oui, souvent, en Europe, on doit
justifier notre choix de vie consacrée alors qu’ici, au Vietnam, on se sent encouragé par les gens qui n’ont qu’une envie, c’est qu’on reste fidèle à notre consécration.
En conclusion, quel conseil
donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait devenir missionnaire ?
Un prêtre un jour m’a dit :
« Si tu veux devenir prêtre, tu dois t’attacher au Christ ». C’est valable pour toute vie consacrée ou missionnaire. Il faut toujours chercher la confiance en Dieu, l’acceptation de ses
propres limites, et puis être simple et joyeux dans le discernement et dans la décision qu’on prendra in fine.
Propos recueillis par Luc Terlinden