Missionnaire en Asie de 2007 à 2024, essentiellement au Vietnam, je suis à Rome depuis l'été 2024. Passionné par le Christ et les gens, je suis heureux d'être missionnaire. Missionary in Asia for 17 years until 2024, I now live in Rome. I am happy to serve God and I am in love with people in general.
Fin août 2017, j’ai passé douze jours dans l’état du Tamilnadu, au Sud-Est de l’Inde, pour assister à l’ordination et à la première messe de notre premier confrère spiritain indien. Ayant dans ma communauté depuis l’année passée des novices indiens, c’était aussi l’occasion de découvrir leur pays ou plutôt leur région d’origine. A la sortie de l’avion, dans le bus qui mène au terminal de l’aéroport de Chennai, je discute avec une Française qui me dit : « Vous verrez, la première fois qu’on pose le sol en Inde, on est impressionné mais pas toujours en bien, c’est un monde chaotique ». Après dix ans de Vietnam, je m’estimais vacciné, et pourtant, oui, les premières impressions sont mélangées. Il y a bien sûr l’excitation d’arriver dans un sous-continent de plus d’un milliard d’habitants et la joie d’être accueilli à l’aéroport avec une couronne de fleurs parfumées, du Jasmin, par mes confrères, mais dès l’instant où nous quittons l’aéroport, nous sommes en prise avec un monde hyper bondé, très sale, où les bus sont archi-pleins et la circulation dantesque. On est typiquement dans une société qui se développe à toute vitesse mais qui n’a pas le temps de s’adapter à tous ces changements.
Après une heure de taxi (vive la climatisation !), je suis heureux d’arriver à la maison spiritaine et d’être accueilli par les confrères. J’en connais plusieurs, dont deux de mes anciens novices. Notre congrégation était déjà présente en Inde, de 1862 à 1887, avant de laisser la main aux missions étrangères de Paris. Mais c’est depuis 2010 que les spiritains sont revenus en Inde. La petite communauté à l’instar de celle du Vietnam vit dans une certaine précarité. Tout comme au Vietnam, les missionnaires d’antan ont été expulsés de belle lurette et ceux qui reviennent timidement y sont en toute petite minorité (il y a d’ailleurs très peu d’étrangers en Inde, encore moins qu’au Vietnam) et ne bénéficient d’aucun statut légal. Nos confrères, comme nous au Vietnam, doivent ‘bricoler’ pour pouvoir résider sur place. A défaut d’activité apostolique, tout comme nous ici, ils sont engagés dans la formation de candidats locaux à la vie spiritaine. Plusieurs de nos confrères étrangers sont inscrits à l’université et doivent faire trois heures (!) de trajet par jour pour se rendre aux cours et en revenir. Ils sont étudiants en journée et formateurs à la maison le reste du temps. Ils ne parlent malheureusement pas la langue locale, par manque de temps, mais leur amour pour ce pays est bien réel.
En vivant dans un environnement urbain, il font aussi le choix de partager le quotidien difficile de tant de gens qui viennent vivre à la ville. Ce qui est formidable, c’est que cette présence porte des fruits, ils ont à ce jour une dizaines de jeunes indiens en formation, dont deux prêtres (un qui est toujours en discernement pour rejoindre les spiritains), un futur diacre, des profès et des postulants. Je suis très impressionné par ce travail fait avec beaucoup d’humilité et de patience malgré le contexte politico-religieux pro-hindou et hostile aux minorités chrétiennes.
Pendant ce séjour, j’ai pu accompagner le supérieur de la communauté, ainsi que notre supérieur général et son assistant venu pour l’occasion, dans un périple de 1200 km dans le Tamilnadu. Ce fut un pélérinage sur les traces des missionnaires, tout d’abord de notre confrère indien tout juste ordonné, qui a dit sa première messe dans son village (où nous avons été accueillis par un bon milliers de villageois tous paroissiens), mais aussi sur les traces de Saint Thomas (nous avons visité le lieu de son martyr et sa tombe), de Saint Jean de Brito (missionnaire portugais lui aussi martyr en Inde), de Saint François Xavier. Nous avons visité le plus grand sanctuaire marial du Sud de l’Inde, Notre Dame de Vailankanni. Pendant cette semaine de voyage, outre le fait de pouvoir discuter avec les confrères dans la voiture, (privilège d’être avec le supérieur général et son assistant et le supérieur de la communauté locale ; tous ont plein d’histoires à raconter) et de profiter du paysage et des haltes, nous avons aussi eu la joie d’être accueilli par des évêques, des prêtres, des familles chrétiennes qui nous ont touché par leur foi et leur gentillesse.
Seul bémol du voyage, nous avons fait beaucoup de kilomètres mais nous n’avons eu que très peu de de temps pour visiter les joyaux de l’architecture hindoue et les plages magnifiques du Sud de l’Inde. Tourisme ou pélérinage, nous avons du choisir ! Un tout grand merci à mes confrères, bonne mission et à la joie de vous revoir un jour en Inde ou au Vietnam !