Missionnaire en Asie de 2007 à 2024, essentiellement au Vietnam, je suis à Rome depuis l'été 2024. Passionné par le Christ et les gens, je suis heureux d'être missionnaire. Missionary in Asia for 17 years until 2024, I now live in Rome. I am happy to serve God and I am in love with people in general.
Six ans après avoir posé pour la première fois le pied en Afrique pour la première fois, à Bagamoyo, en Tanzanie (Afrique de l’Est ; pays anglophone) pour une rencontre internationale des formateurs de notre congrégation, je suis revenu pour la deuxième fois sur ce continent, berceau de notre mission d’évangélisation et qui continue à concentrer la plupart de nos forces missionnaires jusqu’à aujourd’hui et de plus en plus même ! Cette fois ; j’ai été accueilli sur la côte Ouest de l’Afrique au Sénégal, un pays francophone ! C’était de nouveau une réunion de formateurs, avec un objectif particulier, celui de réfléchir sur la formation du millier de jeunes spiritains de notre congrégation et donner des orientations pour le prochain chapitre général de la congrégation qui a lieu tous les huit ans et qui en 2020, se déroulera en Pologne. Nous étions trente formateurs réunis, délégués de nos maisons des provinces où nous travaillons et venant de tous les continents. Comme toujours, les travaux et conférences se donnaient dans les trois langues de la congrégation (l’anglais, le français et le portugais) avec une équipe de traducteurs à notre service. J’ai de la chance d’être à l’aise dans les trois langues, je n’avais pas besoin de traducteurs. La plupart des confrères parlaient d’ailleurs deux langues au minimum, voire trois. Aux repas, on entendait aussi parler le swahili, une langue internationale en Afrique.
Rencontrer des confrères qui travaillent dans la formation est toujours un plaisir. Ce sont naturellement des gens qui ont de l’expérience dans la mission, qui en principe ont une bonne maturité et surtout un bon esprit de sacrifice. Je me suis rendu compte de fait que dans bien des provinces, on manque de formateurs, peu de gens se pressant au portillon pour ce travail. Et moi qui pensais que c’était surtout un problème pour le Vietnam ou l’Inde où nous ne sommes si peu de confrères à travailler que chacun est sollicité dans ce sens !
Pour ce qui est des enjeux de la formation, on retrouve des difficultés semblables et d’autres qui diffèrent d’une province à l’autre. En pas mal de communautés, le ratio entre formateurs et étudiants est mal équilibré. Un seul formateur voire deux doivent souvent accompagner plus de dix étudiants. Les finances sont un défi lorsqu’il faut nourrir toutes ces bouches qui ont bon appétit et qui doivent étudier dans de bonnes conditions. La longueur de la formation (dix à douze ans) est perçu comme un fardeau lourd tant pour les formateurs qui doivent assurer leur service dans la durée que pour les étudiants qui ont hâte de passer à l’étape suivante. Paradoxalement, il y a toujours le désir bien ancré chez beaucoup de confrères de faire encore des études plus poussées à la fin de leur formation initiale. Une tête bien faite, c’est essentiel, mais on apprend aussi tant de choses une fois qu’on passe à la pratique, sur le terrain ! Le stage missionnaire qui dure deux ans, est aussi souvent pointé du doigt comme déficitaire en terme d’accompagnement du jeune et de prises d’initatives qui le valorisent. La tentation est de le ramener à un an mais n’est-ce pas son contenu qui est à revoir ? La chose n’est pas simple. Nous-mêmes avons eu des jeunes vietnamiens enchantés de leur stage et d’autres qui se sont tournés les pouces en priant que la fin du stage arrive au plus tôt…
Nous avons pu écouter des interventions de divers confrères dont certaines m’ont parues plus pertinentes que d’autres. J’ai apprécié la question de la place des médias dans la vie des jeunes, ce formidable outil qu’est internet, indispensable à la recherche académique, à l’ouverture d’esprit sur le monde d’aujourd’hui, mais qui peut aussi renfermer le jeune (comme l’ancien !) dans son petit monde culturel d’origine, lui faire perdre un temps considérable qu’il aurait pu consacré à autre chose, voire créer des dépendances malsaines (relations affectives indues, pornographie, violence, état de distraction continuelle). Aux formateurs d’accompagner les jeunes sur la route des nouvelles technologies et comme toujours de pouvoir montrer l’exemple d’une relation équilibrée aux médias…Tout un programme ! Sur la question de l’affectivité, on nous a aussi rappelé les outils psychologiques qui sont à notre disposition (notamment l’évaluation psychologique par un professionnel ou les grilles d’évaluation plus générale) ainsi que le fait que toute relation pastorale se doit d’être franche, sans ambiguité, avec une dose à la fois de naturel mais aussi de réserve en fonction des circonstances. Là aussi, la parole est importante et l’expérience peut nous faire grandir ou nous faire régresser.
Je suis reparti motivé au Vietnam après ces deux semaines de rencontre et d’échange. Je dois dire que plus encore que la rencontre et les amitiés créées ou retrouvées entre confrères, c’est l’enthousiasme des jeunes vietnamiens qui me motive à continuer mon boulot de formateur auprès d’eux. Ils ont un esprit de service, ils veulent une relation sérieuse avec le Seigneur, ils sont avides d’écouter l’expérience des anciens, et ils construisent la mission de demain. Que Dieu me donne à moi et à tous mes confrères de part le monde, le courage, la persévérance et la joie dans notre travail de formateurs !