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Missionnaire en Asie de 2007 à 2024, essentiellement au Vietnam, je suis à Rome depuis l'été 2024. Passionné par le Christ et les gens, je suis heureux d'être missionnaire. Missionary in Asia for 17 years until 2024, I now live in Rome. I am happy to serve God and I am in love with people in general.

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interview pour la journée des vocations, "Missionnaire, ça veut dire quoi?"

Un jeune missionnaire ! 

 

L’image traditionnelle du missionnaire est encore, bien souvent, celle d’un homme avec une grande barbe, vêtu d’une soutane blanche et coiffé d’un casque colonial. Si ce type de missionnaire n’existe plus que dans « Tintin au Congo », il y a encore, aujourd’hui, des jeunes qui consacrent toute leur vie à la mission. Nous en avons rencontré un de chez nous : Frédéric Rossignol.     

 

Frédéric, peux-tu te présenter en quelques mots ?

 

J’ai 33 ans et je suis missionnaire du Saint-Esprit. Je suis entré chez les Spiritains (c’est souvent comme ça qu’on nous appelle) à 25 ans. J’ai été ordonné prêtre, en Belgique, il y a deux ans. Je suis maintenant en Asie. Après avoir passé six mois à Taiwan, j’habite depuis deux mois, avec deux confrères, au Vietnam.

Comment est venue ta vocation de missionnaire ?

Je suis né dans une famille catholique convaincue et mes parents m’ont ouvert à une église dynamique. Ils m’ont fait découvrir toutes sortes de mouvements dans l’église et puis j’ai aussi rencontré beaucoup de prêtres, notamment des prêtres missionnaires qui m’ont touché par leur joie de vivre, leur disponibilité, leur engagement. Et en Rhéto je me suis dit que le Seigneur m’appelait peut-être à devenir prêtre et j’ai cheminé dans ce sens-là. Je suis passé par le séminaire diocésain et puis j’ai encore eu toute une période de discernement et finalement je suis entré chez les Spiritains à 25 ans où j’ai encore eu six ans de formation avant de devenir religieux et prêtre.

Cela veut dire que dans ton parcours, il y a aussi eu des périodes de questionnement, de remise en cause ?

Tout à fait. Je pense que le temps du discernement est propre à chacun. Pour moi, c’était important de trouver une certaine maturité. Je me suis bien plu dans la formation que j’ai reçue, à travers une grande diversité d’expériences à l’université. J’ai quitté le séminaire diocésain après trois ans, j’ai alors vécu en kot à LLN pendant deux ans avec des jeunes chrétiens. Ce sont toutes ces rencontres qui m’ont aidé dans mon discernement.

Quels ont été les éléments décisifs qui t’ont poussé à entrer dans une congrégation missionnaire ?

Pour moi, c’était important dès le début de pouvoir devenir prêtre pour annoncer Jésus Christ. Ensuite, je me suis rendu compte que j’avais besoin d’être soutenu par une communauté. Je voulais donc être religieux. Et j’avais aussi la conviction que l’église locale, pour être dynamique, doit être ouverte à l’église universelle. Dans ce sens, devenir missionnaire, c’était ma manière d’ouvrir les horizons de l’église de Belgique à l’église universelle.

Un missionnaire, c’est quoi ?

C’est quelqu’un qui croit en Jésus Christ, qui est persuadé que Jésus Christ peut combler le cœur de l’homme et qui se dit qu’il ne peut pas garder ça pour lui-même.  Le vrai missionnaire, c’est celui qui permet à l’autre d’aller à la rencontre de Dieu.


Comment fait-on pour devenir missionnaire et, dans ton cas, spiritain?

Si on veut devenir missionnaire dans le sens d’être consacré et de partir à l’étranger pour annoncer la Bonne Nouvelle, il faut choisir une congrégation missionnaire. Moi, j’ai commencé par faire une année de coopération sur le conseil d’un missionnaire et puis, après cette expérience positive, je suis allé frapper à la porte de diverses congrégations. Après, c’est un discernement mutuel. Quand on entre dans une congrégation, on en découvre le charisme et, par ailleurs, les formateurs cherchent à voir si on est appelé à ce type de vie. Chez les spiritains, on est clairement orienté vers la mission à l’étranger. Aussi, quand on est ordonné, on a comme principe qu’on passe au moins les six premières années de sa vie de prêtre à l’étranger.

Quelle est la spécificité des spiritains ?

C’est difficile de dire notre spécificité étant donné qu’on travaille dans toutes sortes de contextes, dans le dialogue interreligieux dans des pays musulmans, dans l’éducation, dans des paroisses,... La marque de fabrique des spiritains, c’est la simplicité. Quand on est missionnaire, il y a un gros travail d’adaptation à la culture vers laquelle on va et cela nous permet d’être flexibles et simples dans notre manière d’être. Par exemple, certains jeunes philippins sont entrés chez les spiritains parce qu’ils avaient vu que les confrères faisaient eux-mêmes la cuisine et la vaisselle et ça les touchait !

Cette simplicité permet d’être à l’écoute de l’Esprit Saint...

Oui, notre second fondateur, parle beaucoup de l’esprit pratique, la docilité au quotidien à l’Esprit Saint.

Quels sont vos fondateurs ?

Nous en avons deux parce que nous sommes le fruit de la fusion de deux congrégations. Le premier, c’est Claude François Poullart des Places : un jeune séminariste de 24 ans, issu d’une famille très riche, qui, en 1703, s’était rendu compte qu’il y avait beaucoup de jeunes pauvres qui auraient bien voulu devenir prêtres mais qui n’en avaient pas les moyens. Il a ouvert une maison pour vivre avec eux et il est mort à 30 ans , très pauvre. Il avait donné toutes ses énergies pour ses confrères. Pendant 150 ans, on s’est occupé de la formation dans les séminaires et, dans le même temps, sous l’impulsion de notre second formateur, François Libermann, on a commencé la mission en Afrique. Aujourd’hui, nous sommes sur tous les continents, dans 65 pays, notamment en Asie depuis quelques années.

Tu vis ta mission en Asie, quel est le sens de la mission dans ce continent ?

Le paradoxe, c’est que Jésus était lui-même asiatique et pourtant le christianisme est vu comme une religion essentiellement occidentale. Beaucoup de gens ici ne connaissent pas le Christ. Ils connaissent très peu la religion chrétienne. De plus, l’Asie est un continent passionnant, plein de vie, de vitalité. Il faut être missionnaire partout mais, peut-être, avec encore plus d’urgence en Asie.

Pour être missionnaire, faut-il partir loin ? Ne peut-on pas être missionnaire en Belgique ?

C’est sûr, être missionnaire, c’est conduire les autres vers le Christ et on est évidemment aussi invité à le faire en Belgique ! Mais pour ça il faut le connaître soi-même, car c’est difficile de parler de quelqu’un qu’on ne connaît pas soi-même ! Tout chrétien est appelé à être missionnaire. Il faut pour cela s’attacher au Christ dans la prière, en participant à ce que propose l’église et puis dans le quotidien, témoigner qu’on vit quelque chose de différent de ce que les gens vivent en général.

Le contact avec les gens est donc essentiel ?

C’est le Seigneur lui-même qui dit que c’est à travers le prochain qu’on peut le rejoindre, Lui. On est souvent très centré sur soi-même, mais quand on va vers celui qui est le plus pauvre, on va à la rencontre du Christ. Ici, au Vietnam, nous visitons des enfants très fortement handicapés dans des homes. Pour moi, rencontrer ces enfants, qui sont les plus petits des plus petits, c’est rencontrer Dieu et cela on peut le faire aussi en Belgique.

Peux-tu nous décrire ta vie de missionnaire au Vietnam ?

Ma vie d’aujourd’hui, c’est une vie de découverte de la langue et de la culture. Apprendre une langue asiatique, cela prend deux à trois ans à temps plein. Il y a une certaine passivité. Il faut tout le temps être à l’écoute et aller vers l’autre, essayer de se comprendre, ce qui n’est pas évident ! Je découvre aussi l’église du Vietnam et je participe à sa liturgie extrêmement dynamique. Le week-end en paroisse, il y a facilement une dizaine de messes et en semaine,  les gens vont aussi à la messe vers 5h du matin. Nous, nous participons au maximum aux activités de l’église. Par ailleurs, les Vietnamiens sont très ouverts et c’est facile d’entrer en contact avec eux. Parler avec les gens dans la rue, c’est aussi ma manière d’être missionnaire...



Qu’en est-il de la vie communautaire ?

Nous vivons en communauté ; nous prions la prière des psaumes ensemble. On célèbre la messe ensemble ou alors nous allons célébrer la messe à l’extérieur. On partage les repas. On élabore nos projets missionnaires ensemble, caritatifs ou ecclésiaux.

Est-ce qu’on peut dire que le missionnaire n’est jamais un solitaire ?

C’est vrai, le missionnaire n’est jamais un solitaire, cela ne l’empêche pas de vivre parfois la solitude. Il y a deux axes de solidarité : d’une part, on consacre du temps à la vie communautaire, d’autre part, on est là pour se mettre au service de l’église locale, en particulier de l’évêque.

Est-ce que c’est parfois difficile de vivre si loin de son pays, de sa famille ? Ne t’arrive-t-il pas de penser : « Qu’est ce que je suis venu faire ici ? »

Personnellement, j’ai toujours comme principe d’aller de l’avant, j’essaye toujours de regarder ce qui est passionnant là où je vis. Pour moi, le plus important, c’est de m’intéresser à la culture et à la société vietnamienne. Par ailleurs, la communication aujourd’hui est beaucoup plus facile qu’avant. Je téléphone régulièrement à ma famille et à des amis par internet et je peux même les voir par webcam. Dans notre Congrégation, on rentre en vacances dans notre pays d’origine tous les deux ou trois ans. Aujourd’hui, on n’est plus coupé de sa famille et de son pays comme l’étaient les missionnaires autrefois. J’apprécie quand je rentre en vacances dans ma famille, mais je suis toujours prêt et heureux de repartir.


Peux-tu nous partager une des grandes joies de ta vie missionnaire ?

Certainement ! La grande joie, c’est d’être dans une société très jeune où les gens ont un profond sens du religieux. Ce qui m’impressionne, c’est que je rencontre régulièrement des jeunes qui me disent que, eux aussi, ils voudraient bien devenir prêtres ou qu’ils cheminent dans cette direction-là. En Asie, on a vraiment le goût de la vie consacrée.

Les Asiatiques ont donc quelque chose à nous apprendre, à nous, européens…

Oui, souvent, en Europe, on doit justifier notre choix de vie consacrée alors qu’ici, au Vietnam, on se sent encouragé par les gens qui n’ont qu’une envie, c’est qu’on reste fidèle à notre consécration.


En conclusion, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait devenir missionnaire ?

Un prêtre un jour m’a dit : « Si tu veux devenir prêtre, tu dois t’attacher au Christ ». C’est valable pour toute vie consacrée ou missionnaire. Il faut toujours chercher la confiance en Dieu, l’acceptation de ses propres limites, et puis être simple et joyeux dans le discernement et dans la décision qu’on prendra in fine.

 

Propos recueillis par Luc Terlinden

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