Missionnaire en Asie de 2007 à 2024, essentiellement au Vietnam, je suis à Rome depuis l'été 2024. Passionné par le Christ et les gens, je suis heureux d'être missionnaire. Missionary in Asia for 17 years until 2024, I now live in Rome. I am happy to serve God and I am in love with people in general.
Une partie de ma mission au Vietnam consiste à me mettre au service de la paroisse francophone de la ville...
Le plaisir de se retrouver le dimanche pour célébrer et se faire des amis "expats" (expatriés, les Français adorent les abréviations, c'est bien connu !)

Messe des Rameaux à la paroisse de Mai Khoi.


Voici mon homélie écrite pour la journée mondiale des vocations consacrées (prêtres,religieux et religieuses)
Chers frères et sœurs, (Le 1er mai 2009)
Traditionnellement, le 4ème dimanche de Pâques est le dimanche du Bon Pasteur, et l’occasion de méditer sur la vocation consacrée, sur la vie religieuse et celle de prêtre. Peut-être devrions-nous, nous prêtres, laisser la place à vous laïcs pour nous dire un peu ce que représente pour vous le prêtre. Mais l’Eglise demande à ses prêtres de faire l’homélie…
Dans les séminaires où l’on se prépare pour être prêtre, on a l’habitude de dire sous forme d’humour que « les vocations, c’est comme les autoroutes, c’est formidable quand ça ne passe pas dans votre jardin ». On est tous d’accord qu’on a besoin de vocations mais tant qu’à faire, mieux vaut que ce soit dans la famille du voisin que dans la sienne. Ca me fait aussi penser à cette fête où chacun était convié à mettre un litre de vin dans le tonneau pour qu’on en ait en abondance. Et le matin, sous l’œil attentif du comité du village, chacun apporte sa bouteille de vin et en verse le contenu dans le tonneau. Qu’elle ne fut pas la surprise au début de la soirée quand on alla puiser au tonneau de découvrir qu’il ne contenait que de l’eau… Chacun s’était dit : un litre d’eau dans 1000 litres de vin, personne ne verra la différence…
Quel paradoxe que de croire qu’on a besoin de prêtre ou de religieux et de religieuses mais de ne pas se poser la question de savoir si soi-même ou ses propres enfants ne pourraient être appelés à une telle vie.
Le père Jean-Pascal (Supérieur du groupe Taiwan- Vietnam) avec nos séminaristes.
Le Seigneur aujourd’hui se compare au bon berger. La vie de berger à l’époque de Jésus était pourtant plutôt mal considérée. C’est une vie en solitaire dans la montagne. On est loin de l’excitation et des plaisirs de la ville. On se dit que le berger, il est un peu en dehors de la vie réelle. Peut-être pense-t-on parfois de même du prêtre. La vie de famille, ça s’est du concret.
Je pense que le berger n’a pas une vie si différente de celui du citadin. Comme lui, il a son travail, il doit assumer ses responsabilités. Il n’y a pas que garder les moutons, il faut s’assurer que les bêtes soient en bonne santé, maintenir en état la grange, tondre la laine, traire les brebis, veiller sur celles qui vont vêler, les aider à mettre bas. Le berger ne vit pas d’amour et d’eau fraîche mais de son travail. Sûrement a-t-il plus de temps pour s’arrêter et méditer. Il peut travailler de ses mains, mais son esprit est libre de vagabonder ou de se concentrer sur un sujet. Ce n’est pas pour rien que dans l’histoire de l’Eglise, on a plus d’une figure de saints qui étaient des bergers : les bergers de la salette, les bergers de Fatima,... Quand on est prêtre, on a aussi du temps libre pour méditer ou pour vagabonder. Ce qui est certainement caractéristique de la vocation consacrée, c’est que souvent vous êtes confrontés à vous-même pour assumer les défis du quotidien ou pour les remettre au lendemain. Mais dans la vie de famille, n’est-ce pas aussi souvent le cas ?
(Photo: Le père Binh, Spiritain Vietnamien, travaillant à Taiwan de passage pour un w-e de formation au Vietnam)
Est-ce que la vie de prêtre ou de religieuse est un gage de sagesse et de sainteté ? Ca dépend de chacun. Je dirais qu’elle est plus exigeante en terme de recherche du sens de la vie. La vie de famille vous entraine souvent dans le tourbillon des activités quotidienne. La vie consacrée, de part sa radicalité renvoie régulièrement à la question centrale de notre vie exprimée dans la 2ème lecture d’aujourd’hui : « Bien aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons ; lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblable à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ». Regarder vers notre avenir, celui de notre rencontre un jour avec Dieu, avec la question centrale que cela implique : as-tu été témoin de mon amour pour mes frères et sœurs ?

Les trois vaillants missionnaires toujours fidèles au poste.
Je ne vous cache pas qu’en matière de vie consacrée comme en matière de vie maritale, on peut parfois avoir des doutes sur notre capacité à être fidèles toute notre vie. J’entendais quelqu’un me dire : « Oui, mais enfin, vous avez quand même l’aide de Dieu pour être fidèle à votre vocation ! » Sûrement, comme dans toute vocation, d’ailleurs. Mais comme disait l’évêque de Saigon, ce qui nous est central dans notre vie, c’est la fidélité, la persévérance. On est tous appelé à la fidélité, non seulement pour notre bonheur personnel mais aussi pour celui des autres. Notre monde a besoin de gens convaincus, pas de gens parfaits, sans hauts ni bas mais de gens qui continuent humblement leur chemin chaque jour, avec simplicité et en tendant vers la joie. Persévérer est un défi de chaque jour, cela implique de reconnaître l’action de Dieu dans nos vies de tous les jours. Il faut demander un regard pénétrant pour découvrir sa présence et son action, sa compassion de berger dans notre quotidien. Puissions-nous tous en faire l’expérience. Amen.